Raïna Raïkom par Kamel Daoud

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Raïna Raïkom par Kamel Daoud

Message par Liqueur le Lun 26 Jan - 15:48

L'Algérie arnaque même sa Présidence !

C'est l'histoire la plus burlesque lue, ces dernières années, par le chroniqueur : on y retrouve tous les ingrédients connus : des pirates, la Présidence elle-même, de la tromperie, des aveux, des démentis, des chiffres et des millions. Débusquée par un confrère, cette electric story se résume à une sorte d'arnaque politico-énergétique à grande échelle. On y apprend que pour éviter les remontrances molles, qui font la vie intestinale des administrations algériennes, certains responsables de Sonelgaz gonflaient les factures de consommation de certains de leurs clients avec le bénéfice de grosses primes de rendement à la fin et produits dérivés comme satisfactions du grand patron, perspective de pérennité, bilan en perles rares et vie heureuse. Sous le Bouteflikisme, tous les grands cadres algériens ont compris qu'il faut éviter les colères brèves de Bouteflika, principale activité politique de relance nationale depuis deux mandats. Le comble dans cette histoire de factures qui auraient été gonflées, c'est qu'elles l'ont été sur le dos de l'Etat, entre autres. La facturation dopée touchait les Algériens gratuits qui devaient payer avant de réclamer selon la loi de cette entreprise, mais aussi la Présidence, la DGSN, des institutions « souveraines » et de très grosses sociétés. Dans certains pays où la dictature coïncide avec la crevaison, le meilleur moyen d'échapper à l'Etat c'est de rouler l'Etat justement. On sert à Bouteflika la scène d'un gouvernement qui est à ses ordres et inscrit comme un effet spécial dans ses visions, tout en le « roulant » par-dessous le tapis. Une vraie vie de palais avec courtisans en caoutchouc, voleurs de cuisines, arnaqueurs d'écuries et vizirs avec fausses fiches de paie. C'est dire que même les affaires d'Etat ne sont plus ce qu'elles étaient : on est tombé dans le vol des assiettes.

L'effet faux dominos est, cependant, général et pas seulement pour le cas de cette entreprise. Tous les directeurs d'exécutifs en Algérie savent que l'on gonfle les bilans de palier en palier et ce, selon une tradition nationale confirmée. Deux mètres de trottoirs ou l'achat d'une imprimante se traduisent par le bilan de dépense d'une autoroute est-ouest ou par « l'informatisation totale » des services X, sur le bureau de la monarchie. Beaucoup le font, le savent, en vivent. Il n'y a pas plus menteurs chez les pays post-socialistes que les chiffres de bilans. Le comble, cependant, c'est de gonfler les chiffres pas avec sa bouche mais avec des factures sur le dos de l'Etat lui-même et ses institutions et ce, pour des primes de rendement. Gageons que cette fois-ci, puisque ce n'est pas l'Algérien maigre qui s'en plaint mais des institutions, les choses vont changer. Ceci dit, on reste abasourdi : si cela se passe ainsi pour l'électricité, qu'en est-il pour le pétrole ?
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Re: Raïna Raïkom par Kamel Daoud

Message par Liqueur le Mar 27 Jan - 14:52

Pénurie de candidats !

par Moncef Wafi
Y a-t-il pénurie de candidats à la présidentielle ? L'interrogation mérite que l'on s'y attarde même si la réponse est purement facultative. Les observateurs avertis, pour reprendre l'expression consacrée, restent dubitatifs devant le peu d'engouement suscité par une participation, somme toute symbolique, à la course aux clés d'El Mouradia. Les candidats à la candidature semblent carrément snober avril prochain tant le coeur n'y est plus à faire de la pâle figuration. Même le premier concerné n'a pas voulu se prononcer, un cas de figure inédit dans un paysage politique qui se rétrécit au fur et à mesure que les noms qui ont squatté les balcons ces dernières années disparaissent du circuit.

La situation est telle que les solutions les plus extrêmes sont proposées, chuchotées, à peine murmurées, par les conseillers du Palais pour ne pas se retrouver à court de candidats le jour J. faudra-t-il fabriquer un CV pour l'inscrire à la course ? Oui, mais l'inconvénient est encore de le trouver dans cette masse de 32 millions de demandeurs d'emploi. Alors devra-t-on l'importer comme on importe l'eau et la farine ? Pourquoi pas, mais d'où ? De l'Amérique, de l'Afrique, un Arabe, un Chinois, qu'importe, l'essentiel c'est qu'il fasse aussi crédible que les observateurs étrangers. Le louer de chez une multinationale et le payer comme coopérant technique ? Le risque avec ces gens c'est qu'ils sont des mercenaires et qu'ils peuvent te laisser tomber au moment de la confection des affiches s'ils reçoivent une meilleure offre d'une autre « démocratie ». Passer une annonce ? Autant crier devant l'ONU qu'on n'est pas plus sérieux qu'une résolution arabe condamnant les crimes israéliens. Alors que reste-t-il à faire ? Proposer d'autres solutions, les chuchoter et les murmurer à peine.

Pourquoi alors ne pas cloner les candidats qui se sont présentés sur la ligne de départ lors de la dernière course ? Sérieusement, pourquoi pas ? Parce que le clonage est contraire à l'éthique et qu'on n'est pas foutu de trouver un gars en chair et en os valable. Alors, offrir un carnet CNEP, un crédit auto à un taux honnête et une inscription dans un projet LSP pour chaque candidat sérieux qui viendra frapper à la porte des candidatures ? Le pétrole a chuté et l'Etat ne peut pas se permettre de telles folies. Recrutons des figurants pour donner le change ? Pourquoi, ceux qui se présentaient par le passé étaient à prendre au sérieux ? Annulons les élections ? Blasphème. Reportons-les ? Ennemi de la Révolution. Faisons comme à chaque fois et qu'il participe seul ? Ça peut se faire mais le problème c'est qu'il ne s'est même pas manifesté.
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Message par Liqueur le Mer 28 Jan - 13:09

Pourquoi pas !

par El-Guellil

Le matin, déjà, il a eu un avant-goût. En prenant son petit déjeuner, il renverse, sur son pantalon neuf, la tasse de café. Obligé donc de se changer à la va-vite... En allant travailler, il loupe le bus. Le second ne marque même pas l'arrêt. Depuis la nouvelle organisation des transports... par ceux qui ne circulent que dans des voitures... Bonjour la pagaille!

Arrivé au boulot, une heure en retard, il rate une marche et le voilà étalé de tout son long... Ça n'arrive qu'à moi, dit-il. En se relevant c'est tout le secrétariat qui... Bref, ce n'est pas sa journée! Et s'il ne s'agissait pas de loi du hasard, mais de langage du corps? Car ces petits accidents peuvent parfaitement s'expliquer par un manque d'attention, une baisse de concentration... Ceux-ci peuvent, par exemple, être liés à une trop grande fatigue accumulée qui se traduit immanquablement par des problèmes de vigilance. Surtout, ne négligez pas ces petits détails qui se manifestent de mille et une façons et qui peuvent vous alerter sur votre état de santé. Voilà le conseil avisé du docteur. Mais comment y arriver quand la quotidienneté n'arrête pas de nous faire violence? Quand les journaux n'arrêtent pas de nous rapporter les affaires des grosses pontes et leurs milliards d'insultes en dinars et en devises, qu'ils nous lancent en pleine gueule? Tel détournement, telle autre malversation, du banal jusqu'au sérieux, tout est rien devant l'affaire-mère, celle qui a enfanté des monstres cachés. Qui se rappelle de Khalifa?

Khalifa et ses clones. C'est un feuilleton qui risque de durer des années. Pour passer peut-être aux oubliettes, peut-être. Pourquoi ne pas leur pardonner à tous? Les laisser blanchir l'argent. Le remettre en circulation. Nous donner le temps d'oublier l'origine de leurs fortunes. Ça c'est bien fait pour d'autres qui, en plus d'avoir voler, ont tué.

Le Quotidien d'Oran.
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Re: Raïna Raïkom par Kamel Daoud

Message par Liqueur le Jeu 29 Jan - 14:07

Après la grande marche, les petits souliers


Rien ne ressemble plus à l'avant-guerre contre Ghaza que l'après guerre vécue partout chez nous, sauf à Ghaza. Les morts le savent, les survivants aussi, le reste, non. L'actualité n'est pas encore, en somme, l'Histoire, mais sournoisement, elle est déjà un souvenir. Nous avons donc marché, quelques-uns, par milliers, se sont fait tabasser, les Moubarak ont réajusté leurs portraits immenses et puis nous nous sommes dispersés avec les mêmes certitudes improductives : « Obama ne pourra rien faire », « les juifs gouvernent le monde », « l'Islam va gagner » - mais pas les musulmans -, « nous sommes tous frères » surtout nos morts, « les régimes nous vendent » lorsque la vérité est qu'ils nous achètent, « la paix est impossible » alors que c'est la guerre qui l'est pour nous, « nous irons tous au Paradis » alors que la réalité est que l'on ne peut même pas aller à Rafah. Mahmoud Darwich l'a bien résumé : « Ils ont dit que la guerre est charges et replis, puis ils se sont tous repliés ! ».

Le constat du sinistre a provoqué une immense réaction, quelques millions de dollars, beaucoup de don de sang et pas une seule constatation utile pour nous rapatrier le centre du monde qui nous a échappé après la chute de Grenade. Où était l'erreur ? Dans l'angle de vue : 1°- Il fallait « marcher » contre le Likoud et les sionistes pas contre les juifs. 2°- Il fallait marcher pour faire changer les choses chez nous, chacun dans le périmètre de son drapeau et pas en Palestine d'abord. 3°- Il fallait demander des comptes et pas des armes. 4°- Il fallait raccourcir les barbes et allonger les heures de travail. 5°- Il fallait relire l'histoire, la Grande, mais à la première personne du singulier et pas à la troisième personne du pluriel : le «Ils » sert trop souvent à dédouaner le « Je ». 6°- Il ne fallait pas seulement regarder El Jazeera mais se regarder les uns les autres et en être fier ou en avoir honte.

7°- Il fallait tout arrêter et cesser de se prendre pour des victimes alors que ce sont les Palestiniens qui le sont. 8°- Il fallait cessez d'accuser les « régimes » d'être faibles et vendus alors que nous sommes presque tous, chacun sous son parapluie, corruptibles et « achetables ». 9°- Il fallait arrêter de demander à Dieu de faire la guerre à notre place ou la paix à la place des Américains. 10°- Il fallait cesser de prendre l'Islam pour un sachet et le rouge à lèvres pour la raison de notre punition collective. 11°- Il fallait plus brûler nos propres ordures ménagères que brûler le drapeau US ou israélien. 12°- Il fallait répondre à ceux qui croient encore que viendra un temps où même les arbres vont dénoncer les juifs, qu'il faut logiquement commencer au moins par reboiser nos pays. 13°- Il fallait nous avouer que nous sommes tous coupables, quelque part, lorsque nous votons, volons, mangeons, cassons avant d'aller tous prier Dieu en se rangeant les uns derrière le dos des autres.
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Re: Raïna Raïkom par Kamel Daoud

Message par Liqueur le Sam 31 Jan - 14:24

Belkhadem, le Blackberry de Abdelaziz

par Kamel Daoud
Il a été kidnappé par son cheval». C'est ce qu'on dit d'un mauvais cavalier, traversant en flèche la plaine de son Douar, au dos de sa monture qu'il ne sait pas encore maîtriser. C'est ce qu'on dit aussi de Belkhadem depuis qu'il n'est plus Belkhadem mais un spot publicitaire. Question : que fait cet homme depuis peu ? Personne ne sait au juste, et même les siens. Il est partout dans le pays, annonce Bouteflika en même temps que la pluie, explique le monde en commençant par Abdelaziz.

Il prédit l'annonce de la candidature absolue, le taux de participation, la météo et d'autres choses banales. Un genre d'activité dont on ne sait si cela participe du portefeuille de ministre, de la fonction de « représentant personnel », du chef en second du vieux parti, de l'ex-chef de gouvernement ou simplement de l'oisiveté ou de la promotion des dos d'âne. Et si on doit en parler aujourd'hui, c'est par souci de méthodologie.

Explication : si Bouteflika n'a plus besoin d'être élu pour être encore une fois président, il a quand même besoin d'une campagne rationnelle de rajeunissement. Et Belkhadem offre le cas d'une campagne officielle incroyablement bricolée. Elle a même commencé avec une « commission » d'ex-ministres, tous licenciés par Bouteflika et chargés aujourd'hui... de faire sa promotion. A comprendre sous l'angle de « Peut-on vendre l'image d'un homme qui ne veut plus de votre image dans son gouvernement ? ». Les noms de cette commission de choc laissent pantois même les Bouteflikistes les plus non-négociables apparemment.

Autre exemple : on apprend que un million et 75 mille jeunes Algériens « ont appelé jeudi à Alger le président de la République Abdelaziz Bouteflika à se porter candidat à la prochaine élection présidentielle en accordant leurs signatures sur un « chèque » symbolique ». Ce chèque sans provision aurait été remis symboliquement lors d'un rassemblement organisé par « la Commission nationale de soutien à la candidature du président Bouteflika » à la salle Harcha, à Belkhadem par « les représentants des délégations de jeunes des 48 wilayas en vue de le remettre au président de la République ».

Du coup, tout le monde s'est lâché dans ce monde symbolique : Belkhadem a déclaré que « ces signatures constituent un message à ceux qui affirment que les jeunes ne croient plus en la politique », le ministre de l'Enseignement et de la Formation professionnels, El Hadi Khaldi, a déclaré « je félicite toute action de jeunes visant à contribuer à l'édification de l'Algérie et à la sauvegarde de sa stabilité et de sa sécurité ainsi qu'à son développement », le vice-président de l'APN, Seddik Chihab, représentant du RND, a estimé que cette rencontre « est un net démenti pour tous ceux qui veulent mettre en doute l'attachement des jeunes Algériens à l'esprit de patriotisme », etc. Les citations sont longues parce qu'il ne faut pas les comprendre, mais les subir. Ainsi, et selon la règle connue, lorsqu'on dépasse les limites, il n'y a plus, automatiquement, de bornes mais seulement des applaudissements.

Et cela s'explique : dans une élection par l'absurde, l'absurde ne peut pas gêner. On peut tout dire, tout faire, tout manger. C'est ce qu'on a dit aux Algériens dès le 05 juillet 1962. Entre le Blackberry d'Obama et le Belkhadem de Abdelaziz, il n'y a rien à dire.

Les plus proches de Bouteflika en sont encore à penser selon les clauses populistes des années 70 et on ne peut pas leur en vouloir : le meilleur moyen de rattraper le temps perdu, c'est de l'arrêter. Cette fable ayant au moins un mérite tout à fait banal : elle démontre qu'avec un chèque en blanc, sans provision, on peut tout vendre. De son côté, Abdelaziz, le vrai, a démontré qu'avec un chèque alimenté, on peut tout acheter.

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Re: Raïna Raïkom par Kamel Daoud

Message par Liqueur le Dim 1 Fév - 12:21

Le manuel du nouveau révolutionnaire assis

par Kamel Daoud
C'est l'année du Boeuf pour les Chinois en Chine, celle des «lièvres» pour les présidentielles algériennes selon un caricaturiste algérien et c'est l'année des grands gestes pour le reste des Arabes. Explication : depuis peu, une série de gestes nobles, à grandes charges émotionnelles, se succèdent sur la scène internationale pour nous sauver la face et restaurer en nous la dignité, à défaut de victoires. On a eu le jet de chaussures sur Bush par un journaliste irakien, le claquage de porte par l'héritier de la Grande porte Erdogan, l'hésitation domestique de Amr Moussa qui a voulu faire de même avant de comprendre qu'il est payé pour rester assis. La voie est donc ouverte pour ceux qui veulent faire l'histoire par le geste, à défaut de pouvoir la faire par les actes.

Dans la série, une série de propositions pour ceux qui veulent tenter d'entrer dans la postérité mais pas à reculons et avoir droit à l'immense stèle de la chaussure élevée à Tikrit en Irak. 1° - Appeler son fils Bourguiba à Tunis ville et annoncer la naissance dans les journaux. 2° - Prendre un billet d'avion, aller au Caire, convoquer El Jazeera et se raser la moustache devant tous les Arabes pour protester contre la fermeture nazie du check-point de Rafah par l'Egypte. 3° - Brûler son pantalon dans les couloirs du siège de la Ligue arabe pendant le prochain Sommet. 4° - Voter pour son propre dromadaire à Riyad en Arabie Saoudite, un pays où on ne peut pas voter ni son Roi ni le droit au volant pour ses femmes et diffuser l'acte par Internet. 5° - Déclarer avoir la nationalité suisse en Libye même si vous ne l'avez pas et vous ne l'aurez jamais. 6° - Habiter un baril de pétrole vide en plein centre d'Alger, place 1er Mai, pendant trois jours. 7° - Voter pour Hamas ou Obama, à chaque fois que l'on vous appelle pour voter, quelle que soit votre nationalité locale et où que vous soyez. 8° - Manger le Ramadan en public pour provoquer une émeute et un procès qui vous donnera l'occasion de prononcer la fameuse phrase d'un ancêtre « La perte d'El Qods vous indigne moins que mon casse-croûte ? ». 9° - Fonder une association pour le retour des Ottomans au pouvoir puisque Erdogan est revenu. 10° - Porter un hidjab tout en étant un homme et déclarer ne jamais l'enlever jusqu'à la création de l'Etat palestinien mais aussi de tous les autres Etats arabes qui l'entourent et qui doivent être créés eux aussi. 11° - Déclarer par exemple que le calendrier de l'Hégire est suspendu jusqu'à nouvel ordre et en attendant que le temps passe près de chez nous, comme tout le monde. 12° - Fabriquer des galons en plastique et les offrir à ses proches en attendant de réussir un coup d'Etat. 13° - Aller voter mais en glissant un billet de 1.000 DA avec ses propres coordonnées pour être plus concret et ne pas rendre « l'assiette vide » selon nos traditions. 14° - Donner à son cadet le nom d'Erdogan puisque l'aîné s'appelle déjà Hugo selon un confrère. Pour la fille, donnez-lui le nom de Amr Moussa par exemple si vous êtes sexiste ou le prénom de la pluie si vous vivez dans le désert. La liste est ouverte pour tout autre enrichissement.

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Re: Raïna Raïkom par Kamel Daoud

Message par Liqueur le Lun 2 Fév - 14:44

«Berriane, c'est où?»

par Kamel Daoud
Qu'est-ce qui se passe à Berriane ? Deux versions : «C'est rien» ou «c'est dramatiquement n'im porte quoi». Le pire est que pour le reste de l'Algérie, cette question est précédée d'une autre, tout aussi tragique : «Où se trouve Berriane ? ». Pourquoi ? Parce que la déconnexion est totale entre le pays et ce morceau du pays. Là, c'est un pays qui essaye de se débrouiller un Président sans passer par son peuple, là-bas c'est un wali qu'on laisse se débrouiller pour isoler le problème. Résultat : on ne sait pas ce qui s'y passe. Réellement. Profondément. Totalement. On sait qu'il y a eu mort d'hommes, violence, clanisme, tapage et matraquage, régression et machette, mais c'est tout. On n'aura rien su de Ghaza s'il n'y avait pas eu El Jazeera. On ne sait rien de Berriane, parce qu'il n'y a pas El Jazeera. Pourtant, si on y réfléchit un peu, il y a tout : tout ce que l'Algérie est en train de se fabriquer comme suicide sous anesthésie : le Moyen-Âge mis à jour. La déconnexion algéro-algérienne entre Berriane et l'Algérie est cependant totale : le problème est d'abord résolu par l'isolement et la mise en quarantaine. Cette ville provoque un malaise à analyser parce qu'elle révèle l'impuissance : celui de pouvoir comprendre, celui de pouvoir. On sait que c'est grave parce qu'il y a ce mélange national entre misères, ethnies, races, religions, rites, vengeances, disqualification des institutions, mosquées, généalogies. On sait aussi que, quelque part, Berianne annonce un scénario national possible, on sait que cela peut être contagieux, on devine que c'est l'exemple d'une régression nationale très possible si on continue à plaider l'interdiction du rouge à lèvres pour provoquer les pluies, mais on reste impuissant puis on reprend la télécommande pour trouver le bon créneau pour sa bonne conscience. Pourtant, Berriane existe. Quelque chose s'y est déclenchée qu'on refuse de voir. On peut y aller et en revenir sans y entrer ni y parvenir. Résultat : on va laisser faire le temps et le wali local. Zerhouni, le ministre de l'Intérieur a lancé sa fatwa minimaliste attendue : « c'est une affaire de Mafia de quartiers » concluant que c'est une banale émeute de commune. Le ton est donc donné : dès que le ministre de l'Intérieur vous dit qu'un problème n'en est pas un, c'est qu'il en est un de très grave. Souvenez-vous du « délinquant » de Béni-Douala des derniers événements en Kabylie. Ce qu'il y faut, c'est peut-être un déplacement massif des médias, des intellectuels, des élites, de l'Etat, du régime et la moitié du peuple pour s'interposer et stopper la régression assassine.

C'est vital, c'est urgent, c'est important et ce n'est pas le cas. Cela ne se passe pas ainsi parce que les élites sont soit francophones, disqualifiées par le populisme, soit populistes, disqualifiées par le manque d'intelligence, soit religieuses populistes et donc, sans impact sur la paix avec propension pour la haine. Cela ne se passe pas ainsi, parce que les Bouteflikistes ont besoin de Bouteflika et pas de Berriane. Cela ne se passe pas ainsi, parce que le reste du peuple ne sait même pas si Berriane existe même s'il va y aboutir dans quelques années.

La déconnexion est absolue. Et c'est comme ceci qu'un pays crève : par morceau et jamais d'un seul coup et entièrement. Cela a commencé à Berriane, mais Berriane a commencé partout en Algérie et ce, depuis quelques décennies déjà.
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Re: Raïna Raïkom par Kamel Daoud

Message par Liqueur le Mar 3 Fév - 13:18

Médisances sur un mariage national à blanc

par Kamel Daoud
Car finalement, si vous hésitez, il faut quand même le saluer. Au moins pour sa technique incroyable de séduction par le dos et de rassemblement par le vide. Car finalement, il faut le faire : se faire attendre par l'Algérie plus que l'indépendance et lui tourne le dos mieux que l'Avenir. Le bonhomme ayant réussi une sorte de rancart par l'absurde en déplaçant le coeur de l'événement de sa réélection certaine, vers son consentement qui ne sera même pas murmuré selon les codes de l'Amour. Vous voilà donc, peuple glorieux, suspendu à des lèvres après avoir été suspendu par les pieds par les anciens colons. Vous y êtes ? Bien sûr que oui. Contrairement au reste du monde, vous êtes dans le cas où même votre Président ne veut presque plus de vous, se passe de votre consentement et pousse la cocasserie jusqu'à réserver son «oui» à la dernière seconde de votre curiosité. Va-t-il se présenter oui ou non ? Pas la peine de répondre, car personne n'a besoin de votre réponse. Ainsi, et par une énorme ruse de scène, l'enjeu comique n'est pas celui de votre abstention possible, mais celui de son abstention à lui, encore très officielle. On ne se demande pas si ce peuple va voter ou non, mais si lui va se présenter ou pas. Comme technique d'enchère amoureuse, on ne peut pas trouver mieux pour le moment : le prétendant poussant la technique jusqu'à ne rien dire pendant des mois, pour mieux dire qu'il hésite à vous épouser. Non parce qu'il prend en considération votre volonté, mais seulement la sienne. Il vous épousera lorsqu'il le voudra, même si vous ne le voulez pas et, pour le moment, le plus important n'est pas votre refus, mais son magnanime consentement. Ce n'est pas à vous de dire oui, mais c'est à lui de dire «peut-être». En terme d'approches nuptiales, cela s'apparente à ces manoeuvres économico-familiales entre familles des anciennes bourgeoisies urbaines décaties, très averties sur les coûts, les dots et les rites d'alliances. La mariée est là, elle a le défaut d'être sourde est muette, elle est «inévitable» car il n'y en a pas d'autres, elle est cupide et craint de vieillir avec des vaches en plastique et pas avec ses enfants. Le demandeur est là, il fait semblant de ne rien demander, il pousse l'outrecuidance jusqu'à raccrocher son téléphone à chaque fois qu'on demande son avis et laisse entendre que s'il va le faire, c'est par charité et juste «parce qu'il le faut» et parce qu'il a besoin de «papiers» et qu'elle est la seule à avoir la nationalité algérienne pure. Entre les deux, tout le monde attend. Ou pas. La citerne d'eau, les nombreux moutons, les invités que personne n'a invités, le Père mort de l'épousée, trop heureux qu'on ait donné son nom à un aéroport, sa mère morte et qui ne le sait même pas, ses frères qui sont encore au maquis de Novembre où tous les Algériens sont «frères», le flûtiste légendaire qui a joué de la flûte pour Boumediène, Chadli, Zeroual, Boudiaf, etc. sans jamais s'interrompre, même pas pour reprendre son souffle et qui peut non seulement faire danser les serpents mais les faire voter. Tout est prêt, tout est préparé : on ne se demande même pas ce qui va se passer la nuit de noce. La raison ? Cela s'est passé tellement de fois depuis l'indépendance.»
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Re: Raïna Raïkom par Kamel Daoud

Message par Liqueur le Mer 4 Fév - 13:45

La théorie des villes à expulser

par Kamel Daoud
C'est l'une des solutions trouvées pour résoudre la tragédie de Berriane : la contourner. Selon un confrère, une proposition est en cours d'imagination pour faire dévier la Route nationale Une, hors de cette ville qui ne veut plus exister. La route, qui relie le Sud au Nord, lui donne à manger et lui permet de se déplacer hors du vide, a été fermée tellement de fois par les contestataires, que l'idée d'enjamber Berriane s'est imposée d'elle-même et ce, pour les meilleures raisons du monde. Techniquement, il s'agit d'un problème de sécurité alimentaire ; symboliquement, il s'agit d'une trouvaille qui mêle le sourire au génocide avec un cynisme inégalé. Cela va permettre de déconnecter Berriane du reste du pays et, du coup, résoudre le drame local par une négation nationale. Les travaux de cette déviation sont politiquement déjà lancés : d'abord, avec le ministre de l'Intérieur, qui a dit que ce qui se passe à Berriane est une simple dispute entre bandes de quartiers, puis par l'Etat, qui a déjà avalisé la thèse de la manipulation étrangère ou celle des coupures d'eau et, ensuite, par l'opinion qui ne sait même pas où se trouve Berriane ni pourquoi on s'y tape dessus au nom des rites et pas des routes. La Route nationale Une ne passe déjà plus par cette ville depuis quelques mois déjà.

Techniquement, l'idée de la déviation risque de ne pas en rester à ce seul cas de figure. On peut s'imaginer aujourd'hui, qu'à chaque fois qu'un village algérien décide de protester et de couper la route, l'Etat peut lui couper la route sous les pieds, décider d'une déviation et abandonner les émeutiers dans le vide de leur univers où ils vont s'y évaporer par manque de liens avec le reste du cosmos national. A chaque fois qu'une ville décidera de tout casser, on l'expulsera de l'Algérie en la laissant sur place et on l'exilera derrière les dunes ou les montagnes, pour qu'elle s'effondre en elle-même comme une naine blanche - petit soleil en fin de course destinée à être un trou noir dans l'espace de Dieu, pour ceux qui s'intéressent à l'espace et pas seulement au ciel -. On peut même s'imaginer cet avenir de paix sociale par défaut, avec des villages entiers jetés à la poubelle, des routes nationales dont le but n'est pas de relier les villes mais de les isoler et un réseau routier cadencé par des ronds-points, des aires de repos, des ouvrages d'art, des ponts et des stations relais, tournant autour de lui-même, fermé, verrouillé sur le vide et destiné à assurer des déplacements incessants et pas des relations humaines viables. Le but étant de relier uniquement les villes calmes les unes aux autres et de couper les relations avec les pommes de terre pourries pour qu'elles ne contaminent pas le reste du cageot. Un avenir de mise en quarantaine punitive et de connexions utilitaires. Techniquement, là aussi, et selon l'ordre de l'échec de développement, les villes déconnectées finiront soit par se dissoudre, soit par être plus nombreuses que les villes connectées, s'organiser, creuser des sentiers clandestins et des tunnels ghazaouites, élire une nouvelle capitale, choisir un autre gouvernement et libérer le reste de l'Algérie. Est-ce possible ? Très peu : d'abord parce qu'il y faut des leaders, ensuite l'envie de vivre ensemble et, enfin, parce que le goudron est un dérivé du pétrole qui reste la propriété de l'Etat actuel.

On peut libérer un pays avec les ânes de la ligne Morice, mais pas le développer avec les mêmes animaux. Ce n'est pas la route qui fait la force de l'Etat mais le pipeline. Au Nigeria, certains l'ont déjà compris.
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Re: Raïna Raïkom par Kamel Daoud

Message par Liqueur le Jeu 5 Fév - 12:50

L'inconcevable encanaillement de l'Occident officiel

par Kamel Daoud
Trois fausses anecdotes : d'abord la «couverture» médiatique de la guerre contre Ghaza avec effet de loupe sur les éternuements à Sdérot et effet de gommage sur les cadavres des Palestiniens; puis la réduction de la compétence universelle de la justice espagnole pour ne pas avoir à juger des crimes de guerres israéliens, trop incommodants lorsqu'il ne s'agit pas du Zaïre et, enfin, la réaction ridicule au lancement d'un satellite « made in » par l'Iran, qualifié de menace sur la sécurité internationale.

Pour les trois, on peut parler de scandale, de justice à deux mesures et, enfin, de comique sans rires. Cela ne suffit pourtant pas. La vraie conclusion est que l'Occident s'encanaille vraiment, absolument, et ne prend même pas le soin de garder sa réputation d'intelligence redoutable contre les vendeurs indigènes de perles et de vanille. On croyait cette « géographie » souveraine de l'humanité soucieuse des apparences morales de ses arnaques, il n'en est rien. Il y a quelque chose de sinistre aujourd'hui, dans l'Occident : c'est sa grossièreté. Ce paradis à code barre semble ne même plus prendre soin de sauver son mythe fondateur, sa vitrine de dépositaire de l'humaniste et sa réputation morale, même biaisée par ses nombreuses guerres de prédations et ses colonialismes alimentaires. Du siècle des lumières, peut-on dire, et jusqu'à Sartre pour aboutir à la façon de traiter l'Iran ou de couvrir la guerre contre Ghaza, il y a tout simplement encanaillement et amoralisme. Il n'a même plus le souci de mettre les formes pour soutenir la politique des chars contre la Palestine, la pendaison de Saddam ou le parti pris conte l'Iran, signataire du TNP (traité de non prolifération nucléaire) là où un pays comme l'Inde n'est pas même inquiété alors qu'il n'a pas encore signé ce document. A la fin, au bout d'une surdose de comique sous couvert des résolutions de l'ONU ou de la sécurité internationale, on se retrouve, nous gens du Sud, vraiment seuls. Coincés entre le « Sud » de ceux qui veulent que l'Occident finisse en miette à manger, et cet Occident qui ne garde même plus l'honneur d'avoir inventé la machine à vapeur. On voudrait tant se souvenir de ses livres et de ses mythes, mais faut-il s'y astreindre lorsque l'Occident, lui-même, les traite comme du papier hygiénique ? Comment convaincre les nôtres de la modernité et de son esthétique aujourd'hui, lorsque les porteurs de lumières en Occident ne sont plus que des voleurs d'électricité ?

La conclusion est pompeuse, mais elle est vraie : le monde a changé. On peut s'imaginer, aujourd'hui, le naufrage de Robinson Crusoé, l'homme blanc sur une île et sa domestication de Vendredi, sous une nouvelle version : Robinson refusant de lui apprendre quoique ce soit, volant les 98 cocotiers de l'île en lui laissant deux mètres carrés et les deux palmiers restants, l'accusant de menacer la sécurité de l'île lorsque Vendredi arrive à fabriquer un rabot ou une scie, racontant la robinsonnade en insistant sur les animaux de l'île et pas sur le seul être humain qui la partage avec lui, l'accusant de tenter de le prendre en otage pour demander une rançon, de fabriquer de la poudre noire en enrichissant l'uranium, de lancer des satellites avec des lance-pierres, de porter un pagne ostentatoire... etc. Avec cette infamie finale d'une version écrite de la robinsonnade où le Vendredi a droit à une seule phrase unique le long de cet Ushuaïa. Une seule phrase impossible, comme le banal perroquet de ce mythe bouleversé.
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Re: Raïna Raïkom par Kamel Daoud

Message par Liqueur le Sam 7 Fév - 13:43

Papa, j'ai trouvé une solution pour Ghaza !

par El-Houari Dilmi
C'est l'histoire vraie, jusqu'à se pâmer de douleur, de Bidou, ce bambin aux yeux exorbités, qui ne pige toujours pas pourquoi le pogrom a été froidement exécuté dans un silence ambiant et que personne n'a pu arrêter cette «pornographie de l'horreur», toujours étalée en boucle jusqu'à la nausée sur toutes les TV et networks du monde entier.

Ni pourquoi, depuis la mort maquillée du dernier moustchu arabe et la pendaison sur un plateau de télé du dernier zaïm vrai faux musulman, aucune armée ni maréchaussée arabes n'ont jamais eu le toupet d'exhiber le nez du plus preux de leurs bidasses avec, sur son dos, une arme en carton-pâte et une balle en plastique cachée sous son aisselle en suée frelatée. Alors, pour soulager la conscience torturée de ses parents impuissants avec, pour seule arme naturelle, des yeux pour les crever à l'heure du dîner et des larmes pour noyer les juifs dans un déluge d'imprécations, Bidou, comme illuminé par une idée trouvée sous déposée sous son laurier en coton musqué, trouve une solution imparable pour voler au secours de ses camarades bambins ghazouis, qui se font trucider comme des lapins affamés. Autour d'un dîner aux allures de veillée mortuaire, Bidou sort de son chapeau sa fumeuse idée pour trouver une solution rapide, la seule à même d'éviter à Ghaza de faire, encore et toujours, un saut en arrière en plein dans l'ère antédiluvienne.

L'idée, selon Bidou, est que comme le football est un autre moyen de prolonger la guerre entre les peuples, la solution suffirait à l'Algérie, pour aider sa soeur la Palestine «dhalima aou madhlouma», de faire don au pays des Pharaons du match qualificatif pour la Coupe du Monde et en contrepartie, le Pays de Hosni Moubarak ouvrira tous les points de passage pour permettre aux Palestiniens, non pas de réarmer le Hamas comme dénoncé par ce bébé-éprouvette né derrière le dos de l'Oncle Sam, mais juste pour ouvrir une brèche dans l'injuste et inhumain blocus alimentaire et sanitaire qui leur est imposé depuis trop longtemps.

Ravi à l'idée géniale de son rejeton, le papa de Bidou prend le premier autobus déglingué à destination de l'ambassade d'Egypte à Alger, où il est reçu en tête-à-tête par son Excellence, représentant momifié des Pharaons, qui écoute avec la ferveur d'un moine tibétain la proposition de sortie de crise, sortie (comme la vérité) tout droit de la caboche d'un bambin révolté par tant de violence, d'injustice et d'hpocrisie.

Poliment invité à vider les lieux pour manque de sérieux, il est orienté vers l'ambassade d'un deuxième pays arabe mis au ban de l'humanité pour «excès d'irrédentisme», puis un troisième, puis un quatrième sans jamais trouver le moyen de fructifier la géniale idée sortie de la tête froide de son ingénieux gredin.

Après plusieurs journées passées à faire le tour des ambassades des pays arabes et musulmans juchées sur les hauteurs d'Alger, le papa à Bidou sera retrouvé mort de faim et de froid, enlacé dans un drapeau appartenant à un lointain pays sud-américain. Sur sa tombe anonyme, l'on écrira : «citoyen X, environ 47 ans, citoyen vénézuélien, décédé d'une mort suspecte à Hydra, à proximité de l'ambassade du pays des Pharaons...».
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Re: Raïna Raïkom par Kamel Daoud

Message par Liqueur le Dim 8 Fév - 13:13

Et les Palestiniens

par Ali Babès
Les tueries en direct de l'armée israélienne contre la population palestinienne à Ghaza n'ont, en fait, ému aucun en Occident. Après plus de 1.300 morts, plus de 5.000 blessés, une ville ravagée, des milliers d'orphelins, les alliés naturels d'Israël ont vite oublié qu'ils ont assisté sans rien faire à un autre pogrom. Comme cela, ils ont la conscience tranquille, plus de 50 ans après Auschwitz ou Dachau. Après le régime de Vichy également, après la France donc. Tout ce beau monde en Europe et aux Etats-Unis tente de jouer l'hypocrisie à fond pour fermer les yeux sur les massacres de Palestiniens par des sionistes, avides de sang. Mais, ce qui est révoltant, c'est que ces alliés naturels d'un Etat terroriste tentent de faire plus dans la démesure politique en faisant chaque jour un peu plus de courbettes aux massacreurs d'enfants.

La chancelière allemande Angela Merkel a ainsi lancé vendredi au détour d'une rencontre avec le vice-président américain de sévères menaces contre l'Iran au cas où ce pays développait un peu plus le nucléaire. «C'est un devoir d'empêcher l'Iran d'acquérir l'arme nucléaire», a souligné Mme Merkel à la tribune de la Conférence sur la sécurité organisée à Munich (sud de l'Allemagne). «Nous voulons négocier avec Téhéran et le nouveau gouvernement américain est prêt à emprunter cette voie», a-t-elle ajouté.

Ainsi, même Berlin est entré dans la danse du scalp contre le régime iranien, coupable de développer le nucléaire et de constituer une menace directe, selon les thèses de Washington, contre Israël. En appelant à «des sanctions plus sévères (contre l'Iran) s'il n'y a pas de progrès» dans les négociations, elle confirme irrémédiablement que l'Allemagne s'est alignée définitivement sur les thèses sionistes, sur la politique expansionniste américaine au Proche-Orient et sur la politique occidentale qui prive les Etats non inféodés aux Etats-Unis de leurs droits imprescriptibles à disposer d'eux-mêmes.

Et, si tout ce beau monde s'inquiète que l'Iran cherche à fabriquer sa bombe nucléaire, pourquoi a-t-on fermé les yeux sur le Pakistan et l'Inde qui possèdent cette sacrée arme atomique ? Et, plus grave, qu'a fait l'Europe pour interdire aux Israéliens de fabriquer leur bombe, avec l'aide précieuse de Washington ? Et, dans ce jeu des questionnements binaires, pourquoi les démocraties occidentales ferment-elles les yeux sur ce que fait d'illégal Israël, alors qu'on fronce les sourcils lorsqu'il s'agit d'un autre Etat, particulièrement en rupture de ban avec la politique des Etats-Unis ?

Il est clair que les pays occidentaux ne voudront jamais d'un Etat palestinien viable, ni d'une puissance militaire régionale autre qu'Israël. Cela, les pays voisins de l'Etat hébreu ne semblent pas l'avoir compris, puisqu'ils pensent toujours, après ce qui s'est passé à Ghaza, qu'il est possible de faire la paix avec un Etat capable de tout détruire, même au nucléaire, pour ne pas avoir peur, ne pas vivre dans la peur d'une attaque légitime de ceux qui se font tuer chaque jour avec un peu plus de raffinement, avec un peu plus de sadisme, sous les regards complices de l'Occident. L'Iran n'est qu'un prétexte de plus pour les agresseurs de terroriser le monde. Et les Palestiniens.
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Re: Raïna Raïkom par Kamel Daoud

Message par Liqueur le Lun 9 Fév - 19:31

Vive le football !

par Ali Babès
Ces derniers temps, la planète football est devenue franchement invivable. Les matchs de foot ne sont plus ce qu'ils étaient. Aller au stade est devenu une véritable aventure pour les amoureux de la balle ronde. Par contre, les stades ont été envahis par une espèce de supporters tout ce qu'il y a d'extraterrestre. Ces gens-là confondent entre football, lois du jeu, respect de l'équipe adverse, de l'arbitre, et aller en guerre contre une équipe «visiteuse» qu'il « faut ramener à la raison ». Pas une pluie de buts, sinon... par un envahissement en règle du terrain. C'est du moins le nouvel état d'esprit de supporters que l'on rencontre au détour d'un match de football dont l'issue n'est garantie par personne. Et pour cause ! si l'équipe adverse gagne, c'est le grand remue-ménage dans le quartier abritant le stade.

En fait, la violence dans nos enceintes sportives est devenue tellement banale que les responsables directs, c'est-à-dire sportifs, ne s'en émeuvent plus. Pire, ils s'en lavent les mains. Sinon comment interpréter, et là, beaucoup seront de notre avis, que les clubs, à quelques exceptions près, n'ont jusqu'à présent pas levé le petit doigt pour tailler dans le vif d'un fléau en passe de devenir un véritable danger pour le mouvement sportif national. D'autant qu'au niveau des instances sportives nationales, l'ennemi N.1 ne semble pas être cette sauvagerie, soudaine et gratuite qui rôde aux alentours des enceintes sportives, mais... le renouvellement des fédérations sportives.

Bref, c'est la foire dans le mouvement sportif national qui s'apprête, dans quelques mois, à aller en Italie (JM de Pescara) sans avoir préparé cet événement sportif majeur. Au lieu de laisser les fédérations sportives désigner leurs propres représentants, et ne pas limiter le mandat des élus, un décret fixe à une seule fois le mandat d'une équipe fédérale. Comment, dans ce cas, parler de continuité dans le travail, comment lutter contre la violence dans les stades et en dehors, un phénomène social devenu une tare du sport algérien, si les équipes en place ne terminent pas leurs mandats ? Et, avec tout ce qui se passe dans la planète football, comment replacer la balle ronde algérienne au moins parmi le Gotha continental avec le moins de dégâts possibles ?

Avec des élections de fédérations contestées, le sport algérien est bien parti pour ce mandat olympique pour vraiment rentrer dans les rangs. A moins d'une décision politique pour briser les tabous et commencer, d'abord, par abolir ce décret limitant les mandats à une seule législature. Et replacer le football dans son contexte : celui d'un sport rassembleur, et qu'on puisse aller enfin avec ses enfants au stade sans risquer d'être agressé. Ni physiquement, ni verbalement.
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Re: Raïna Raïkom par Kamel Daoud

Message par Liqueur le Mar 10 Fév - 13:19

Les détraqués de la «Harga» et les autres
Dans deux mois exactement, les Algériens iront voter pour désigner leur président. Le 9 avril, aura lieu l'élection du chef de l'Etat. Peu importe qui cela sera, pour le moment.

Mais, ce qui importe, maintenant, c'est de constater ce qui constitue la priorité immédiate des électeurs. Et pour cause! D'abord, le quotidien des Algériens est parsemé d'obstacles, de problèmes, de tracas en tous genres. N'importe quel quidam dira que les temps sont difficiles. Il y a les salaires qui n'arrivent pas à rattraper la courbe ascendante des prix des produits alimentaires de base, les loyers, l'eau, l'électricité. La facture du mois est vraiment salée pour les ménages algériens, même ceux qui ont, au moins, deux salaires. Car l'Algérien, sans crier gare, s'est diantrement modernisé: en plus des factures traditionnelles, pour ne pas dire l'eau, l'électricité et le téléphone, en plus du loyer de la «baraque», il y a maintenant les échéances de la voiture, achetée à crédit, qu'il faut honorer. Tout cela fait de l'argent, et presque le salaire de Monsieur ou Madame.

Alors, la vie est difficile pour les Algériens qui doivent se sacrifier, se couper en quatre pour pouvoir aller en voiture au travail. C'est ça le nouveau confort à l'algérienne. Même s'il faut faire plus d'une heure, le trajet entre le foyer et le lieu de travail quand, habituellement et à pied, il ne faut guère plus de vingt minutes pour être au chaud au bureau par ces temps de froid sibérien. Entre les prix de la pomme de terre, du «ghelmi» (viande ovine), des pneumatiques de la voiture familiale et le budget des enfants, il y a tout un monde que les Algériens n'arrivent à dépasser, ni à concevoir. Car, contrairement à ce qui se passe ailleurs, en Algérie, on regarde les élections passer, se faire et se défaire, sans que l'on arrête le train et que l'on y monte. Autrement dit, ici, on n'exploite pas l'opportunité d'un tel événement pour établir des revendications citoyennes. Pour demander le minimum syndical en termes d'amélioration de la qualité de vie, de satisfactions de revendications sociales, d'application d'un programme économique rigoureux, etc. Non, chez nous, le poids des contingences politiques, sociales et économiques actuelles, fait que les Algériens sont plus préoccupés de gérer leur quotidien que la gestion d'un avenir qu'ils préfèrent déléguer aux «politiques». Pour ne pas noircir le tableau, il faut reconnaître que les Algériens sont blasés, fatigués de voir ces ruelles bourbeuses, la collecte des ordures ménagères oubliée, des avenues sales et des immeubles non repeints d'une ville fatiguée du temps qui passe. C'est peut-être pour cela que les Algériens refusent de voir devant, au loin, le présent étant aussi lourd à porter, avec ses hauts et ses bas. Car la bataille politique actuelle, c'est celle d'assurer des lendemains pour que tous les Algériens s'y reconnaissent. Même les fous de football et les détraqués de la «Harga» !
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Re: Raïna Raïkom par Kamel Daoud

Message par Liqueur le Mer 11 Fév - 15:27

Tentative d'assassinat bureaucratique

par Moncef Wafi
Il est des décisions prises par l'Administration qui frisent parfois le ridicule. Un ridicule qui, malheureusement, tue à petit feu le citoyen pourtant aguerri depuis le temps aux pratiques scabreuses des ronds de cuir qui, entre deux siestes bureaucratiques, vous pondent des textes qui flirtent vaguement, mais vraiment de loin, avec la réalité du terrain. La France coloniale a pris la mer en laissant sur les quais de l'Algérie une bureaucratie que les nôtres ont vite fait d'adopter et d'adapter à la mentalité nationale. Depuis, l'école a produit ce qui se fait de mieux en termes de bureaucrates et créé des monstres papivores capables de rédiger trois textes contradictoires sans quitter leurs chaises. Des bureaucrates à toutes épreuves qui régissent l'appareil administratif, cherchant où la machine est bien huilée pour y mettre leur grain de sable. Ils s'ingénient du matin au soir à compliquer la vie, déjà alambiquée des Algériens en leur demandant sans cesse des papiers. Une spirale infernale de documents à présenter, à cacheter, à recacheter, à photocopier en 28 exemplaires pour n'en garder qu'un, à se photographier, un grand sourire en prime, aux côtés du document original pour attester de la paternité biologique entre le concerné et son papelard. Des dossiers à n'en plus finir, des tonnes de documents noircis, sales et repoussants. Des montagnes de papiers à escalader pour pouvoir accéder au moindre désir de l'Administration. L'exemple de l'extrait de naissance avec 55 cachets humides et quinze employés de l'état civil en est la parfaite illustration. Des textes sortent quotidiennement des usines de la bureaucratie nationale appelant, rappelant en mettant l'accent sur la parfaite conduite à mener pour empoisonner l'Algérien. Demandant plus de papiers, plus de cachets humides, plus de duplicata. A croire que les bureaucrates sont payés au poids du papier et à celui qui exigera le maximum de feuilles, les lauriers. A tous les échelons, une myriade de papier. Papier canson, papier mâché, papier toilettes, papier à priser, l'essentiel c'est qu'il y a profusion de papier à signer, à vérifier par trois contremaitres assermentés, à lire en parallèle, en biais et par-dessus la jambe. Des dossiers à empiler, ficelés, empaquetés prêts à être jetés aux vide-ordures. Des documents attestant que vous êtes en vie, une carte d'identité qui ne sert à rien si vous ne présentez pas avec elle un extrait de naissance. Enfin, un royaume où le papier est roi et où le bureaucrate est Dieu.
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Re: Raïna Raïkom par Kamel Daoud

Message par Liqueur le Jeu 12 Fév - 13:23

Les moustaches de la sardine

par Ali Babès
La sardine algérienne s'est fait faire des moustaches. Oui, la belle sardine, bien effilée, entre gris et bleu terne, mince et ruisselante de cet effluve marin qui vous donne l'eau à la bouche, s'est mise sur son 31 ces dernières semaines. Au kilo, son prix a frôlé les 400 dinars à Alger, les 300 dinars à Oran et dans la plupart des villes côtières. Un niveau jamais atteint par un des démersaux les moins chers de la planète.

A Alger, on ne s'étonne plus de cette extraordinaire progression des prix de la sardine, tant le marché des poissons évolue dans sa propre dimension. Celle de la loi entre l'offre et la demande d'un poisson très difficile à capturer par mauvais temps.

Non, le prix de la sardine est tout simplement une insulte pour les ménages algériens, de surcroît ceux qui consomment à longueur d'année une viande qu'ils ont depuis toujours acheté à bas prix. D'autant que ce poisson a toujours fait partie de la gastronomie des gens de mer, de ceux qui n'ont pas les moyens de s'acheter chaque jour de la viande (blanche ou rouge, peu importe), de ceux qui aiment ce délicieux poisson. Et, si les prix de la viande la moins chère montent en flèche, il y a vraiment de quoi se poser des questions sur cette filière, son fonctionnement, les gens qui tiennent le marché et les services de contrôle des prix. Ben oui, car après la pomme de terre à plus de 20 dinars/kg, l'huile au alentours des 300da, et la baguette de pain à 10 dinars, il y a comme un sentiment que beaucoup d'Algériens se font rouler chaque jour dans la farine. Sinon comment expliquer cette inflation galopante des prix à un moment où les réserves de changes culminent à plus de 140 milliards de dollars. Il y a vraiment anguille sous roche, d'autant que c'est la même flottille qui pêche la sardine, hier comme aujourd'hui, d'El kala à Beni Saf. Après les fruits et légumes, est-il venu le temps de la sardine pour montrer aux Algériens qu'ils doivent s'attendre à des lendemains moroses, à l'ombre d'une crise économique mondiale qui lamine comme un rouleau compresseur toutes les économies, grandes ou petites ?

L'exemple de la sardine qui vend chèrement sa peau illustre parfaitement que le circuit commercial national n'obéit d'abord à aucune règle ou norme, ensuite que l'économie nationale est vraiment entrée dans l'économie de bazar, même si des banques étrangères se sont installées chez nous.

Il n'est pas concevable pour l'Algérien qui voit le prix du baril de pétrole monter malgré la crise économique qu'une baguette de pain revient à 10 dinars, un kg de pomme de terre à 40 da et le sachet de lait à 25 da, lorsque les plus bas salaires oscillent autour de 10.000 dinars.

L'Algérien en est ainsi réduit à voir passer le temps, à le regarder et ne pas le sentir. Et, ainsi des années se sont passées sans que l'on n'y prête attention à cette catastrophe nationale, assommés que nous étions par la langue de bois sur la baisse de l'inflation et l'amélioration de la production agricole, jusqu'à ce qu'on s'aperçoive, comme le dit ce vieux dicton algérois, que �''la sardine est sortie prendre un bain de soleil du côté de Kaa Essor'' (petite plage près du Bastion 23 à Alger). Nous avons parlé de la sardine, l'anchois, lui, a disparu depuis longtemps des étals des mareyeurs !
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Re: Raïna Raïkom par Kamel Daoud

Message par Liqueur le Dim 15 Fév - 16:48

L'unique électeur de ce pays a voté !

par Kamel Daoud
Finalement, le bonhomme a voté : il a fini par accepter d'élire les Algériens comme peuple et d'en accepter la présence dans son pays, en quelque sorte. Cela a pris du temps et cela se comprend : ce n'est pas facile de voter un peuple qui ne vous vote pas, ou pas suffisamment ou inutilement ou seulement après un bon repas. Le seul électeur de l'Algérie avait droit à son moment de choix, à la main hésitante au-dessus de l'urne, à la discrétion et à l'isoloir. Il ne faut jamais oublier qu'il avait droit à plusieurs peuples, beaucoup de pays au choix et qu'il pouvait même s'abstenir, rester chez lui, regarder la télévision, qui lui appartient, ou recevoir un ambassadeur néerlandais pour échanger des amabilités. Et s'il ne l'a pas fait, c'est parce qu'il est un bon Algérien finalement. Le seul. Il a fini par choisir entre la grasse matinée et faire l'Histoire, il est sorti, entré dans une grande salle où vous y étiez malgré vous, et il a voté : « je choisis les Algériens ». Il aurait pu choisir les Emiratis ou les Suisses, mais il ne l'a pas fait. Etant le seul électeur dans ce pays, il vous a élu pour que vous l'élisiez. Et il faut l'en remercier. Car si on résume un peu la situation, ce n'est pas si évident de voter les Algériens : d'abord, lui il est jeune, toujours, durablement et constitutionnellement, là où vous êtes vieux, chancelant mais tenace, nourri au botox et à l'hymne révolutionnaire. Ensuite, il est seul, pauvre et brillant ou, au moins débrouillard, là où vous avez de nombreux frères, des milliers de comités et 145 milliards de dollars à partager. Ensuite, il a des idées, peut marcher sur les eaux, fabriquer du pain avec ses mains ou avec rien du tout, et aime vivre, là où vous avez fait la guerre mais n'arrivez pas à comprendre qu'on cesse de vous dire merci, vous ne pardonnez pas le temps qui passe sans vous applaudir. Ensuite, vous n'arrêtez pas d'échouer comme des baleines ménopausées alors que lui n'arrête pas de renaître, de se reproduire et d'aimer, et d'être aimé pour son présent et pas pour son passé. A la fin, il faut que vous vous estimiez comblé, miraculé et élu, parce qu'il a fini par voter pour vous, même si vous êtes le seul peuple de l'endroit, le candidat unique car par défaut, l'inévitable gagnant avant même que les autres perdent. La question de l'abstention possible est donc tranchée : le seul électeur réel a voté et il a daigné choisir les Algériens comme candidats uniques.
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Re: Raïna Raïkom par Kamel Daoud

Message par Liqueur le Mar 17 Fév - 14:40

«Les voix du diable»

par Kamel Daoud
Tout le monde le sait: il y a Bouteflika et il y a le Bouteflikisme. Le premier se voit à la télé quand il le veut. Le second est un courant fort qui se ressent aujourd'hui un peu partout. Tout le monde sait que Bouteflika a légèrement besoin des Bouteflikistes, s'en amuse, les manipule, les consomme ou les fait courir sur sa paume. Tout le monde sait aussi que les Bouteflikistes ont absolument besoin de lui, ne peuvent pas s'en passer, le boivent quand il les mange et ne l'avalent pas quand il les mâche. Question de fond: qui sont les Bouteflikistes ? D'abord ils sont un effet domino crescendo. Explication: plus ils sont loin de la périphérie du candidat unique, plus ils sont dans le besoin de fournir un zèle plus féroce pour se maintenir dans la chaîne alimentaire.

Si Bouteflika éternue et se mouche avec la main gauche à Alger, à Aïn Nulle part, le maire expliquera que ceux qui n'éternuent pas et ne se mouchent pas de la main gauche sont des opposants. Plus loin, c'est-à-dire plus profond dans le pays, le comité de soutien de Aïn Jerrican organisera un rassemblement d'éternuements avec distribution de mouchoirs et séance « main gauche » dans les écoles et les administrations. Encore plus loin, à Aïn NASA dans le désert, les mains droites sont amputées et les mouchoirs fournis par des notables. Encore plus loin, à Aïn « ci-gît », là où la terre s'interrompt et là où le ciel ne veut même pas commencer, les éternuements sont comptabilisés comme des voix avant même le début des élections.

Seconde question: pourquoi les Bouteflikistes sont-ils plus zélés que le concerné lui-même ? Première thèse: l'effet de nécessité alimentaire, car Bouteflika donne à manger malgré lui, a de l'argent même s'il dit que ce n'est pas le sien, donne des postes au premier qui a une chaise. S'il disparaît dans la foule, une partie de la foule sera obligée de s'asseoir par terre comme à l'époque des Ottomans. Seconde thèse: par effet de peur. Si Bouteflika n'est pas élu, cela signifie l'inconnu, donc la perte de l'immunité alimentaire, donc l'instabilité, donc changement de règne animalier. L'élection de Bouteflika est une question de survie. Moins pour lui que pour les siens et la vaste population de ses arrière-petits-fils collatéraux.

Dernière thèse: il s'agit d'un mal psychanalytique lié à l'histoire nationale, comme l'oedipe l'est à la révolution. Il y a des peuples qui ne peuvent pas chasser absolument et définitivement le colon et se l'invente quand il part et prend sa valise. Il y a finalement chez les Bouteflikistes une violence dans l'enthousiasme et l'unanimisme qui font vraiment peur quand on s'y attarde. Individuellement, chaque Algérien est l'auteur d'un procès national permanent de l'indépendance et de la post-indépendance. Certains, pris en groupe, produisent cependant un état d'esprit étonnant qui n'hésite devant rien, verse dans l'anathème le plus grossier et convoque les archaïsmes les plus outrageants. Rapporté par le journal d'hier, un nouveau slogan ravageur dans la bouche d'un ministre: ceux qui ne votent pas sont « les voix du diable ». Comprendre: ceux qui votent sont automatiquement les voix de Bouteflika.

Entre ce dernier, déjà premier, et le diable, antique acteur que personne n'a vu mais que tout le monde dit ressentir comme un mauvais conseiller à la privatisation, il n'y a rien. Pas d'autres candidats, ni alternatives, ni opposants. Le FIS l'avait dit il y a presque vingt ans: il y a le Coran, et il y a le blabla. C'est-à-dire la chariaâ ou l'hérésie. Aujourd'hui, on le répète: ceux qui ne sont pas pour Bouteflika, sont contre l'Algérie. Pour certains, il n'y a pas de différence de produits entre campagne électorale et campagne de dératisation. Dans quelques mois on aura donc ce résultat mathématiquement impossible: une victoire déduite d'une somme d'échecs collectifs.

Dernière question: comment libérer un pays des siens, sans le brûler ou le quitter ou y creuser un trou ?
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Re: Raïna Raïkom par Kamel Daoud

Message par Liqueur le Mar 9 Fév - 16:39

De la banalité oedipienne d'un Policier qui tabasse un Médecin


par Kamel Daoud


Larbi bis est un Algérien de dix ans d'âge. A dix ans, il a
déjà le choix de ses vingt ans : devenir médecin ou policier. Médecin est un
métier qui veut dire avocat, architecte, inventeur de solutions, cosmonaute
brun, hydraulicien ou géologue ou enseignant de langue sumérienne à Djelfa.
Policier est un métier qui veut dire être policier. C'est-à-dire gendarme, ou
homme des Services, ou Juge, ou Procureur, ou wali ou colonel ou garde
communal. En Algérie, lorsque le Colon est parti, il n'a laissé pour les fils
du peuple que deux métiers pour bien manger ou bien se protéger : la casquette
comme on disait autrefois, ou le stylo. C'est-à-dire la matraque ou cerveau, le
pied ou la tête, le Pouvoir ou le civil, le fort face au Plat, le Puissant face
au bras court, l'argent ou les cheveux. Celui qui frappe face à celui qui est
Instruit. Car les Algériens ont très vite brisé cet immémorial tabou du
positivisme colonial : le respect de l'enseignant, le tabou de l'écolier qui
survit en chacun. Ne jamais frapper ou humilier ou fumer ou lever la voix
devant le Maître de l'Ecole. Il devait s'en suivre une sorte de respect des
hiérarchies entre le cri et l'écriture, la bête et l'alphabet, la suprématie du
diplôme sur le galon, la valeur de l'encre face aux griffes, de l'idée face à
la dent. Ce n'est pas le cas.



Il y a quelques
jours, des policiers ont chargé, tabassé et frappé des médecins algériens qui
avaient parfois accompli deux fois l'âge du policier en cursus d'études. Même
si on dit que le diplôme algérien n'est plus une valeur sociale, on aurait pu
compter sur le tabou ancestral pour éviter cette scène nationale mesquine. Il
n'en est rien : Depuis vingt ans, personne ne s'étonne de voir un garde
communal gifler un chirurgien en Algérie. Pourquoi ? Parce que le Régime a
besoin du garde communal.



Une première idée :
On a libéré ce pays par les armes, on veut le gouverner par la matraque. Deux :
On a utilisé le Peuple pour chasser la France et on utilise le pipe-line pour
se passer du Peuple. Du coup, un CRS peut donner des coups sans sentir qu'il
casse des symboles. Le Pays étant un «pays du bras» selon l'expression
algérienne.



Du coup, dans le
vaste pays rural du pays profond, là où on recrute les garde-corps, les
policiers et les officiers les plus obéissants, le seul moyen de survivre c'est
de «s'engager» pour se protéger, bien manger et manger le pays autant que
possible. Pour les plus honnêtes, le seul moyen de ne pas recevoir des coups,
c'est d'en donner. Un policier, c'est-à-dire un gendarme, c'est-à-dire un agent
des services, croit que sa mission est défendre le Régime et la paix du régime.
Chez chaque commis d'Etat, il y a ce préjugé philosophique qui voit dans la
plèbe algérienne le dernier colon à chasser pour avoir un pays calme, vide,
beau, sans agitations et sans criquets. Le but de toutes nos polices c'est le
calme et la rue vide, pas la paix et la justice. Le malentendu est si profond
que le régime s'en sert comme d'un bouclier anti-émeute à chaque occasion. Pour
le reste, c'est ce que l'on sait depuis peu : l'échelle des valeurs est devenu
un banc public de consternation. Du coup, un policier peut frapper un médecin
avec un casse-tête sans se sentir ni mal, ni ridicule ni honteux. C'est son
métier de casser des têtes pour que l'Etat le paye. Personne ne s'en offusque :
on n'en ressent plus la gêne depuis des années. Selon le policier typique, les
médecins n'avaient qu'à quitter l'Algérie. Selon Oedipe, c'est encore pire :
lorsque l'écolier inachevé frappe le Maître Paternel pour épouser la Mère
patrie, c'est qu'on est dans la rediffusion de la cécité. Que veut devenir
Larbi Bis qui a dix ans ? Un casse-tête avec sa tête. C'est une solution
médiane entre la science et le lacrymogène. Ce n'est pas un métier ? Etre
policier ou médecin ne le sont pas non plus. Ce sont des rôles sociaux, même si
la douleur d'une bastonnade est réelle et le plaisir de la donner occasionnel.
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Re: Raïna Raïkom par Kamel Daoud

Message par Liqueur le Mer 10 Fév - 11:59

Le Manifeste futur de la cuillère


par Kamel Daoud


C'est l'avenir par dé-faut: celui des grèves et des luttes
sociales. Une décennie durant, la mode était à l'émeute de ceux qui n'avaient
pas de travail et trop de temps gratuit et sans pain. Pour les futures années,
la mode sera à ceux qui ont un emploi et qui ont compris que cela sert à si
peu, de plus en plus. Le Pouvoir va recruter plus de policiers et frapper de
plus en plus fort sur les têtes, et les travailleurs vont être de plus en plus
tenaces et obstinés en demandant plus de semoule dans un pays qui la distribue
mal. Du coup, on se souvient que dans cette lutte de classes quasiment
biologique, l'Algérie qui tourne en rond a épuisé presque tous les cas de
figure contre l'Algérie qui lui tourne le dos : on eut le communiste critique,
l'islamiste, le kamikaze, l'Emir, l'émeutier et le harraga, bien longtemps
après la mort du militant dans la sphère devenue plate de nos idéologies. Que
reste-t-il ? Le syndicaliste et le syndiqué. Celui qui redécouvre Marx parce
que le sucre flambe et que les légumes secs sont devenus des fruits suspendus.
C'est la prochaine étape de la confrontation structurelle du Pouvoir contre ses
colonisés. Le seul problème est qu'il ne s'agit même pas d'une lutte de classes
entre des surexploités et un capital, selon Marx, mais d'un Pouvoir contre un
encerclement alimentaire qui veut manger mais aussi avoir, en dessert, la
dignité. L'histoire a fini par rattraper l'Algérie : on eut le capitalisme à
l'époque du socialisme, on a les luttes sociales à l'époque du marché libre. Le
syndicalisme est donc l'une des figures possibles de l'avenir : une jonction
entre le pluralisme que nous avons perdu, l'émeute qui ne sert à rien, le
volontariat qu'on a cru révolu, et l'occupation de la rue que nous avons
presque oubliée. Une bonne formule pour les réunir tous. D'où cette peur qu'ait
le Pouvoir qui craint plus le pluralisme syndical que le pluralisme politique.
Dans le premier on a des militants, dans le second on a ce qu'on a toujours isolé
des partis : la bonne foule du peuple.



Le chroniqueur
l'avait écrit il y a des mois : le premier parti d'opposition de pays comme le
nôtre est désormais le pain et le panier. Ce n'est pas un organe mais un repas.
Chaque cuisine est sa kasma et son parti est celui de Dieu qui a créé l'homme
et l'estomac. Il n'a point d'oreilles à manipuler et ne se contentera jamais
d'une élection. C'est le parti qu'on ne peut pas diviser et qui ne se soucie
guère de la différence entre les hommes et les femmes. Même les enfants y sont
admis et surtout quand ils viennent tout juste de naître. Chacun y est
président quand il a faim et durant les dix derniers jours de chaque mois. Le
coup d'Etat de l'avenir se fera avec des cuillères et écrira des menus pas des
manifestes.
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Re: Raïna Raïkom par Kamel Daoud

Message par Liqueur le Jeu 11 Fév - 17:47

La demande d'excuses ou comment «transformer une victoire en défaite»

par Kamel Daoud
C'est quoi une néo-dé-colonisation fictive ? C'est reprendre les armes, le maquis, l'hymne et la révolution, mais en s'inventant une armée d'occupation qui n'existe pas, juste pour occuper le terrain ou occuper le peuple. En Algérie, on peut en effet devenir ancien Moudjahid longtemps après le départ du dernier colon. Pour être plus directe, la criminalisation de la colonisation française a déjà été un verdict de l'histoire de l'Algérie et peut se passer d'avocats et surtout du genre à demander à être payé, en tout cas, avec des comités «brusque» à la fausse naissance spontanée. Le projet de loi qui veut criminaliser la colonisation française et qui aurait été signé par 125 députés et déposé sur le bureau de Ziari qui ne sait pas quoi en faire sans indication précise de sa hiérarchie politique, est certes un scénario de réparation qui pourra rappeler à la France et au monde que coloniser n'est pas construire et tuer n'est pas sourire, mais il se trouve que ce projet sonne comme un fonds de commerce et va très peu emballer des Algériens dévitalisés de l'histoire nationale et réduit à des zappeurs plutôt qu'à des témoins à charge contre l'ancien colon. La France coloniale a commis un crime, mais ceux qui tentent d'en faire une loi en Algérie commettent un début d'arnaque sur le sens, selon la majorité encore indifférente. «Demander que la France s'excuse pour une évidence, c'est transformer une victoire en une défaite» résumera un collègue ancien chroniqueur des années de meurtre. Et c'est formidablement vrai.

Ce récent projet sent donc un peu cette mauvaise odeur du débat identitaire en France. Ici et là-bas, il y a encore des vendeurs de cadavres, minoritaires mais avec une voix stridente. En plus profond, il s'agit d'un meuble plus que d'une lutte est-on tenté de croire. Après le match du Soudan entre l'Algérie et l'Ex-Egypte, il y a eu trois cadavres : l'un physique (l'Ex-Egypte en campagne de reproduction présidentielle) et deux cadavres idéologiques : l'islamisme et le néo-nassérisme. Ici en Algérie, c'est un match de foot qui a réussi à parachever la liquidation de deux grandes illusions utopistes et émotionnelles «arabe» : l'arabité et la barbe. On comprendra alors qu'il ne restera plus rien à des courants nationalistes locaux qui ont fondé leur légitimité sur ces deux fleuves de nos amertumes. Que peuvent vendre aujourd'hui des partis comme le FLN à un peuple qui a compris qu'il est algérien et qui veut vivre ici et maintenant ? Comment rester dans la ligne de visibilité sans s'appuyer sur l'unité arabe fantasmatique ou le fond politisé de l'identité religieuse ? Que dire à un peuple qui court plus vite que soi et qui a compris qu'il est en avance sur ses militants démodés ? Comment capter son attention ? En lui inventant un remake de la guerre de libération et un nouveau spectacle d'héroïsme oral avec des martyrs que va épuiser la conjugaison et pas le maquis. C'est la dernière idéologie de rechange après le néo-nassérisme et l'islamisme soft. Les Algériens vont regarder puis s'occuper de leurs affaires. La raison ? Ils veulent un effet domino absolu : la colonisation a été un crime, la décolonisation a été transformée en crime. Les Algériens veulent les excuses de tous ceux qui ont fait mal à ce pays, l'ont colonisé, mangé, morcelé, détruit ou dépensé comme leur propre argent de poche. A commencer par la France et jusqu'à Sonatrach.
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Re: Raïna Raïkom par Kamel Daoud

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